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Céline Chadelat | Rédactrice Esprit Yoga

Rédactrice chez ESPRIT YOGA, Céline Chadelat est journaliste, auteure et conférencière. Elle a publié Le Mois d'Or, Bien vivre le premier mois après l'accouchement, et Thich Nhat Hanh, Une vie en pleine conscience
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L’ashtanga yoga : sublimer la méthode, c’est la dépasser !

 

Véritable vitrine du yoga dynamique, l’ashtanga yoga se distingue par ses démonstrations de force et de souplesse à peine croyables. Une approche physico-centrée qui séduit. Mais au-delà de l’ordonnance des postures et de la rigueur de sa démarche, l’ashtanga yoga a une vocation : trouver l’immobilité dans le mouvement. Alors comment passer d’une pratique très corporelle à une démarche intérieure ? 

 

 

 

 

C’est avec l’aide de Baptiste Marceau, pionnier de la culture ashtangi en France, que nous tenterons d’éclairer le sens de cette pratique traditionnelle. Fort d’un recul de plusieurs dizaines d’années sur la pratique, il partage avec nous son ressenti. Si son nom vous est familier, c’est parce qu’il est le fils du Mime Marceau, un homme dont il hérite une aisance à s’exprimer par le corps et le mouvement. Et malgré cette approche très ancrée dans la corporalité, Yogi Marceau ouvre aujourd’hui la porte d’une compréhension libre de la pratique de l’ashtanga yoga.

 

L’ashtanga yoga révèle sa véritable identité

Ashtanga est un terme sanskrit qui signifie « les huit membres », ceux-là même qui furent enseignés par Patanjali. Des étapes qui jalonnent le chemin du chercheur jusqu’au Samadhi, l’éveil. La plupart des formes de yogas traditionnels prennent racine dans la démarche des huit membres du patriarche indien. Alors pourquoi l’ashtanga yoga porte-t-il ce nom ?

Selon Baptiste Marceau, le terme Ashtanga, alors connu d’un public occidental curieux de la culture yogique, représentait un label facilement exportable. Pattabi Jois l’aurait choisi par nécessité. Il n’est cependant pas représentatif de l’essence de cette méthode.

Ainsi, le véritable nom à donner à cette méthode est « hatha yoga vinyasa krama ». Le yogi nous explique que l’ashtanga yoga prend racine dans les enseignements du hatha yoga. Il est également Vinyasa car les postures sont placées dans un ordre spécifique, avec conscience. Et comme la méthode constitue une longue séquence qui s’enchaine du début à la fin, formant une unité, on l’appelle Krama. Et ce n’est pas la seule révélation que M. Marceau amène à notre connaissance. L’ashtanga yoga n’est pas si indien qu’il en a l’air !

 

A la source de la pratique, un mélange de yoga traditionnel et de gymnastique danoise

Yogis et yoginis, vous vous en doutiez, Patanjali n’a jamais proposé dans ses enseignements une approche si musclée de la pratique du yoga ! Et si le mantra d’ouverture de la pratique ashtangi prend refuge dans la sagesse patanjalienne, c’est surtout pour garder vivante la science yogique originelle, au cœur d’une pratique très physique. Yogi Marceau pose le contexte de la naissance de l’ashtanga yoga. Il a été inventé par T. Krishnamacharya pour répondre à un besoin : compenser la délicatesse des jeunes hommes de l’Inde du Sud et en faire des guerriers athlétiques.

 

 

C’est le roi de Mysore en personne, Krishna Raja Wadiyar IV, fort attiré par la mode du bodybuilding, qui passa commande à T. Krishnamacharya. Les défaites militaires indiennes auraient été, selon ce roi, imputables à la faible constitution physique des hommes de son peuple. Ainsi, c’est lors de ses recherches à la bibliothèque que T. Krishnamacharya découvre une méthode de gymnastique danoise, très axée sur les « push-ups ». Ce mouvement procure rapidement de la force et une apparence musculeuse. Lui-même étant un érudit du yoga et un formidable technicien, il couple la méthode danoise au yoga traditionnel. Le hatha yoga vinyasa krama était né.

Pattabi Jois a poursuivi ce travail de mise en forme de la méthode que l’on connaît actuellement et initia sa diffusion à travers le monde, sous le label ashtanga yoga. La succession est assurée par son petit-fils, Sharath Jois, actuel guru de la pratique authentique de Mysore. Selon Baptiste Marceau, le label « ashtanga yoga » a eu raison de la profondeur de la pratique. Aujourd’hui, il prend l’aspect d’une marque facilement exportable, et rencontre un grand succès dans les pays anglo-saxons.

 

 

Mais au-delà de son apparence, quels enseignements peut-on apprendre de cette méthode ?

 

La méthode ashtangi : une structure pour faire l’expérience de l’alchimie interne

L’ashtanga yoga ou hatha yoga vinyasa krama, est une méthode yogique comme il en existe de nombreuses. Si la forme change, le but du yoga reste inchangé depuis son origine : tourner le regard vers l’intérieur et faire l’expérience du silence fondamental jusqu’au Samadhi. Avons-nous besoin pour cela de passer par une habileté corporelle hors du commun ? D’autres courants de pensées vous diront que non. Pour le bouddhisme zen, par exemple, l’assise silencieuse (zazen) est le chemin le plus direct vers l’éveil.

C’est donc la recherche de l’immobilité dans le mouvement qui fait la singularité de l’ashtanga yoga. Une démarche que l’on retrouve dans les arts martiaux internes (qi-gong, taiji). Cette martialité engage le pratiquant vers la ferme maitrise de son corps, de ses désirs, de son mental, de ses habitudes néfastes et l’amène à se discipliner.

Les séries de la méthode suivent un ordre progressif précis qui vise à purifier le corps et les organes internes, à assouplir les tissus, à ouvrir les nadis (canaux de circulation de l’énergie vitale), à débloquer les nœuds psychiques et à clarifier le système nerveux. Par ce processus d’alchimie interne, le yogi transforme le plomb en or. Un grand espace intérieur s’ouvre et les qualités spirituelles émergent. La méthode est un support comme un autre pour faire vivre l’essence du yoga. Et c’est par la démarche empirique que l’on atteint la pleine compréhension de cette science. Pour Yogi Marceau, la méthode est une bonne structure de départ, un tuteur efficace. C’est l’ABC du processus d’alchimie interne.

Mais vient un temps où l’on doit prendre la liberté de dépasser la méthode pour se rencontrer soi-même. « Le yogi libre est comme un animal sauvage, il est la Grâce incarnée » : c’est ainsi que Baptiste Marceau décrit le retour à l’intelligence intuitive. Une intelligence qui se libère par l’émancipation de toutes les prescriptions, de tous les dogmes et de toutes les connaissances, aussi bénéfiques soient-elles pour accompagner le chercheur dans ses premiers pas.

 

Dépasser le nom et la forme : de l’ashtanga yoga au yoga

Après avoir appris l’ashtanga yoga, il faut désapprendre la méthode ! C’est l’ultime invitation de Baptiste Marceau sur ce sujet. Il nous exhorte à sortir de toute forme d’orthodoxie. La méthode n’est qu’un support qui véhicule les enseignements à travers le temps et l’espace. Il ne faut pas confondre le contenant et le contenu. Ainsi, l’immobilité dans le mouvement peut être expérimentée dans tous les gestes du quotidien. Il faut accepter d’ouvrir son regard à la vie dans son ensemble, au-delà de la pratique des asanas.

Il n’y a pas un temps pour la pratique et un temps pour la vie. Le yoga est la continuité de la vie qui se manifeste parfois sous forme d’asanas, parfois par la méditation, mais aussi et souvent par des actions aussi simples que marcher ou respirer. Yogi Marceau nous engage à plus d’humilité. Les démonstrations de force et de souplesse qui inondent les réseaux sociaux sont certes agréables pour l’œil, mais ne sont pas représentatives du yoga, dans son assertion originelle. Le Yoga ne se résume pas à tenir un « handstand » ou à passer son pied derrière la tête. Loin de là !

Faire l’expérience du yoga, au sens de l’union de la conscience individuelle à la conscience globale, ne requiert pas nécessairement de passer par une telle gymnastique yogique. C’est une possibilité, mais ce n’est pas la seule !

En dépassant la pratique stricto sensus de l’ashtanga yoga, on sublime l’enseignement qu’elle véhicule : la source même du yoga. Alors ne l’oublions pas, quand le support n’est plus nécessaire, il ne reste que l’essence.

 

Sahra Leclerc est yogini, enseignante et contemplative: "c'est avec une profonde révérence pour la Nature, que j'aspire à partager tout ce qu'elle m'apprend. Gourmande mais consciente de ma consommation, l’ayurvéda accompagne mes repas et mon style de vie. Pour tout le reste, il y a le rire de soi, l'amour des autres et le chocolat". 

 

Ces conseils et ces pratiques posturales sont à retrouver dans le magazine Esprit Yoga accessible ici. 

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