logo esprit yoga19


 

"En ces moments critiques pour la Terre, il est indispensable de propager les valeurs féminines"

 

 

Claire Jozan-Meisel a réalisé la jonction entre le yoga et la tradition amérindienne. Dans son livre, "Les Sagesses du Cercle" qui vient de paraître aux Editions du Souffle d'Or, elle révèle l'importance de reconnaître le corps des femmes dans toutes ses dimensions, en particulier à travers les cycles menstruels, pour une société plus apaisée. 

Propos recueillis par Céline Chadelat. 

 

A la lecture de ton livre, on prend conscience que pendant des siècles, le corps féminin a rarement été pris en considération, ni pensé ou compris. Pourtant, la tradition amérindienne nous apprend que le corps féminin a beaucoup à nous dire... Peux-tu nous en parler ? Que dit le corps des femmes ?

 

Il semble que malgré le génocide humain et culturel perpétré à l’encontre des cultures indigènes nord-américaines, ce soient les seules qui parlent explicitement des « Mystères du Féminin », ce pouvoir visionnaire des femmes autrefois reconnu dans leurs cultures et qui se manifeste particulièrement lorsque les femmes ont leurs règles, appelées « Le Temps des Lunes ». Par ailleurs, certaines tribus parlaient aussi de la Déesse-Terre comme de la Changing Woman, c’est-à-dire d’une femme qui est en perpétuelle transformation.

 

 

Comment le yoga peut-il aider à apprivoiser son corps ? Comment équilibrer les énergies lunaires et solaires ?

 

Le lien au sacré a fait partie de ma vie depuis toujours de par mon éducation. A l’âge de 17 ans, je me suis cependant éloignée de la religion. Et c’est la pratique du yoga qui m’a ensuite permis de me diriger consciemment vers la spiritualité à l’âge de 26 ans. J’ai eu la chance de commencer à pratiquer le yoga sur une terre très féminine et très inspirante, l’Andalousie, où j’ai habité pendant cinq ans et ensuite de me former à Paris avec Sri Mahesh. C’est lui qui m’a fait prendre conscience des énergies lunaire et solaire, qui m’habitaient. Le Hatha Yoga étant, par essence, l’art d’harmoniser en soi le soleil (Ha) et la lune (Tha) : la volonté et la patience, être à la fois l’observateur et l’observé, le chercheur et le laboratoire, le sujet et l’objet. Lorsque Sri Mahesh m’a vu pratiquer la première fois, à l’âge de 35 ans, il m’a dit : « Il n’y a rien de précipité dans le yoga ». J’étais un peu embarrassée qu’il me confronte directement à cette vérité. Il a dû le voir car il m’a rassuré tout de suite, comme savent le faire les personnes dotées d’empathie, en me disant : « C’est le travail de la vie ». J’ai compris par cette remarque qu’il s’agissait de s’inscrire dans le temps, avec détermination ET sérénité. J’aime beaucoup cette phrase : « Lors de ses premiers saignements, la femme prend conscience de son pouvoir. Durant ses années de cycles, elle le pratique et à la ménopause, elle l’incarne ».

 

En quoi la prise en compte des cycles de menstruation est un enjeu dans le mouvement d'empowerment des femmes ?

 

A l’heure actuelle, on demande aux femmes de manifester principalement des qualités masculines dans leur vie professionnelle. Il y a de plus une injonction de réussite qui fait que c’est encore le masculin qui domine dans notre société. Un ascendant du côté directionnel sur le côté dimensionnel de l’existence.

Or, se relier à ses cycles menstruels, c’est reconnaître deux piliers bien distincts dans son cycle : l’ovulation où le pouvoir de la femme se manifeste à l’extérieur d’elle, dans le faire, et le Temps des Lunes où il se joue à l’intérieur d’elle, dans l’être. Prendre le temps de cette retraite mensuelle durant ses règles, dans le soi à soi en écoutant attentivement ce que notre âme nous inspire, et ensuite en le mettant en place au service de sa communauté est la voie d’empowerment que j’ai suivie et que de nombreuses femmes se réapproprient à l’heure actuelle. Le summum de l’empowerment se situant à l’âge de la ménopause car la femme à ce moment est capable de vivre ces deux aptitudes complémentaires de façon permanente. Aussi reconnaître l’expérience et la voix sage de la femme mûre est quelque chose d’indispensable à l’heure actuelle.

"Et les spiritualités orientales nous ont permis de ressentir la sacralité du corps et de nous laisser guider par notre côté intuitif et sensitif"

 

Ce mouvement de guérison du féminin est-il en relation avec le mouvement de guérison de la Terre-mère ?

 

Il y a eu concomitance entre la renaissance des spiritualités autochtones, l’émergence de la spiritualité des femmes en Californie et la propagation des spiritualités orientales à partir des années 70.

Pour moi, ceci n’est pas le fruit du hasard. En effet, les spiritualités autochtones nous ont rappelé notre appartenance à la Terre et au vivant. Les spiritualités propres aux femmes leur ont réveillé leur connexion à la Terre décrite plus haut. Et les spiritualités orientales nous ont permis de ressentir la sacralité du corps et de nous laisser guider par notre côté intuitif et sensitif. En ces moments critiques pour la Terre, il est indispensable de propager les valeurs féminines : prendre soin, protéger les enfants, respecter les personnes âgées, entretenir une bonne relation avec soi-même et avec les autres, protéger la vie et le vivant, et de retrouver un sentiment d’unité avec « toutes nos relations », les êtres humains de toutes cultures confondues et les êtres de tous les règnes, minéral, végétal et animal.

Nous reconnecter à la Mère-Terre et lui exprimer notre gratitude sont les premiers pas vers notre propre guérison et vers celle de notre belle planète, selon les sociétés indigènes.

 

 

Qu’est-ce que la Femme Shakti ?

 

La Shakti étant l’énergie féminine dans la tradition hindoue, Vicki Noble, a utilisé ce terme dans son livre « Femme Shakti » pour réhabiliter le côté Feu de la femme dans le processus de guérison de la terre. Par côté feu, elle veut dire que la femme doit s’affirmer en tant que dépositaire de la force de vie et de la force de création, honorer sa propre autorité, développer ses qualités intuitives et divinatoires et encourager les autres femmes à le faire. Il s’agit, selon elle, du chamanisme pour femmes qui ressurgit à l’heure actuelle.

 

A la lecture de ton livre, on retrouve la notion de service qui est très présente parmi les femmes amérindiennes, c’est aussi le cas dans le yoga où le service correspond à un état d’être très élevé…

 

Comme dans le bhakti yoga, le yoga de la dévotion, la notion de service est très importante dans la spiritualité des femmes et se situe à plusieurs niveaux. Durant le temps des Lunes, la femme reçoit des visions, non pas pour elle, mais pour la communauté toute entière. Ses aptitudes lui confèrent donc une responsabilité de servir les siens.

Par ailleurs, contrairement à maintenant où les enseignements se donnent en échange d’argent, les femmes recevaient des connaissances de leurs aînées lorsqu’elles faisaient preuve de bonne volonté, c’est à dire qu’elles montraient leur désir d’apprendre par leur envie d’aider matériellement. Les aînées ne transmettant leur savoir qu’à partir de la ménopause, elles étaient capables de détecter quand leurs élèves étaient prêtes à en savoir un peu plus.

J’ai eu la chance de passer du temps de façon très intime avec les femmes qui m’ont enseigné, de les aider matériellement dans leur tâche d’enseignante et d’ainsi recueillir une multitude d’informations que l’on ne reçoit pas durant des stages. Cet échange est très beau et continue à être très constructif pour moi. Dans la spiritualité des femmes, la hiérarchie est basée sur l’âge et donc sur l’expérience. Une autre notion à réhabiliter dans notre société patriarcale.

Si vous aimez cet article, n'hésitez pas à aimer notre page Facebook :) 

 Plus d'informations:

www.claire-jozan-meisel.com

Facebook: https://www.facebook.com/Lunafemina/

Les sagesses du cercle, La résurgence de la spiritualité féminine, Claire Jozan-Meisel, Editions Le Souffle d'Or, 2019.

 

 

#lunafemina #femininsacree #cycle 

 

 Pour aller plus loin:

Ainsi, la femme était, selon les Amérindiens, reliée à la Lune à cause de son cycle menstruel qui est à peu près de la même longueur que celui de la lune, et doublement reliée à la Terre car d’une part, les quatre saisons de l’année correspondent aux quatre phases de son cycle menstruel, et d’autre part, durant sa vie, elle passe par quatre phases très importantes :

  • L'arrivée des premières règles ;
  • La pratique de ses cycles menstruels et du Temps de Lunes pendant lequel la tribu encourageait les femmes à se retirer pour se mettre en phase avec leur vision interne ;
  • La transition de la ménopause ;
  • Les années de maturité pendant lesquelles, fortes de leur expérience de vie, les femmes incarnaient la voix sage de la tribu.

 

KOPO, LES PEPITES DE FRUITS DE LA RENTREE
Devenir professeur de yoga sans risques

En ce moment dans notre boutique

get('text_top_button', JText::_('DEFAULT_GOTO_TOP_TEXT'))*/?>
get('text_bottom_button', JText::_('DEFAULT_GOTO_BOTTOM'))*/?>

Courrier des lecteurs

info@esprityoga.fr

 

Rédaction

redaction@esprityoga.fr

Abonnements

esprityoga@abopress.fr
03 88 66 32 34

Recevez la newsletter d'Esprit Yoga