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Rencontre avec Eric Baret

La France compte des lignées de yogis, aussi discrètes que puissantes. Rencontre avec l’un d’eux, Eric Baret.

 

Bio : Agé de 16 ans, Eric Baret est touché par sa rencontre avec celui qui fut considéré comme un maître de sagesse : Jean Klein. Il en devient l’élève assidu et explore la tradition non-dualiste du shivaïsme cachemirien. Quelques années plus tard, il voyage en Inde à la rencontre de grands sages comme Ramana Maharishi et Ma Anandamoyi. Il vit à Londres pendant 10 ans. Passionné d’art oriental, il est aussi un auteur prolifique. Se prétendant pourtant « sans études ni culture », Eric Baret partage aujourd’hui sa perception du réel, lucide, pétrie de philosophie non-duelle dont il émane une paix profonde.

EY : Vous enseignez la tradition non-duelle transmise par Jean Klein, expliquez-nous-en quoi elle consiste …

Eric Baret : Il n’y a rien que j’enseigne essentiellement. Je partage mon non-savoir. Il s’agit d’un échange, d’une sorte d’exploration de la vie qui peut prendre des formes se rattachant à certains éléments traditionnels comme celle du shivaïsme du Cachemire.

E.Y : Est-ce que cette voie est toujours vivante et pratiquée en Inde ?

Eric Baret : 700 ans de domination musulmane puis 200 ans de domination anglaise ont fini d’éliminer l’aspect extérieur de cette démarche. J’ai eu la chance de rencontrer quelqu’un qui avait reçu cette tradition et qui la vivait librement, simplement. Jean Klein ne prétendait pas, ne fabriquait pas, cela a produit en moi comme une explosion intérieure. Il n’avait aucune personnalité, il n’essayait pas de convaincre ni de vendre, c’est exceptionnel, j’ai vécu cette rencontre comme une initiation.

E.Y : Quel rôle joue le yoga postural au sein de cette démarche ?

Eric Baret : C’est une présence à la vie face à ces multiples variations : la violence, la tendresse, la joie, la tristesse ... Le yoga postural est un moment particulier d’intensité. Le yoga est rituel, c’est une exploration mais qui reste limité au regard de l’ensemble de la vie.

E.Y : Comment comprendre justement la violence du monde ?

Eric Baret : Le monde est ce qu’il est. Tant que l’individu se prend pour une personne, il est naturellement égotique. Il préfère lui-même à l’environnement, il se sent différent de son environnement donc il l’exploite. Tant que je me prends pour une quelqu’un, je préfère les miens aux autres, ma race aux autres, mon pays aux autres. La violence est inévitable, elle est la prolongation et non la cause. Si les gens sont en paix, le monde est en paix.

E.Y : Qu’est-ce que la paix ?

Eric Baret : L’arrêt de l’imaginaire de la personne. Cesser d’être quelqu’un qui a besoin d’être aimé, écouté et respecté. Car ce qui est difficile est de vivre avec ce besoin d’être aimé. Pour beaucoup, aimer est « l’imaginaire de ce que j’ai besoin ». C’est un manque d’autonomie.

E.Y : La philosophie bouddhiste parle d’abdiquer « la saisie » sur l’existence …

Eric Baret : Les premiers tantras bouddhistes sont totalement identiques aux premiers tantras hindous qui sont de la même époque. Pour des raisons géopolitiques, ils ont été séparés alors qu’il n’y a aucune contradiction. En fait, c’est le besoin de comprendre qui créé la complexité. Quand j’essaie d’appréhender la vie, je la réduis à ma propre idéologie intellectuelle… Si je suis de droite, de gauche, végétarien, marxiste, peu importe. L’idée consiste à remplacer la compréhension par l’écoute libérée de savoir idéologique, de ce qui est juste ou pas, bien ou pas bien. Je comprends alors les gens de droite, gauche, les jeunes, les vieux … Pourtant, je n’ai pas à me situer ni à comprendre quoi que ce soit en soit. Le savoir est à l’origine du conflit. Dès qu’il y a idéologie, on est en guerre.

E.Y : Comment développer l’écoute de la vie ?

Eric Baret : En voyant qu’on n’écoute pas, que nous sommes constamment en train de juger, d’analyser, de préférer, d’espérer et de redouter. Développer l’écoute, c’est se rendre compte de son arrogance.

E.Y : Cela demande donc un renoncement, une humilité ?

Eric Baret : L’humilité consiste à percevoir mon arrogance à chaque instant. Il ne peut jamais y avoir l’idée d’être humble sinon … cela devient de l’arrogance ! Mais à chaque instant où je vois, je constate mon arrogance, c’est de l’humilité. L’inverse n’est pas possible : le fait même de constater l’humilité est de l’arrogance. Il n’y a personne dans l’humilité.

E.Y : Alors comment comprendre et appréhender la relation à l’autre ?

Eric Baret : Il n’y a uniquement quelqu’un d’autre si je me prends pour quelqu’un. Je me souviens de mon maître qui avait répondu à cette question : « Quelle est la relation entre vous et nous ? ». Sa réponse en anglais fut : « I am what you are, you are what i am, there is no relationship ».

E.Y : Quel serait votre conseil ?

Eric Baret: De tomber amoureux de la vie, elle est courte. On souffre parce qu’on ne se sent pas aimé, pas respecté ou compris. Mais cela ne fait aucune importance qu’on me rejette. Si quelqu’un vous rejette et que vous l’acceptez alors vous vivez l’acceptation, alors que si vous ne l’acceptez pas, vous vivez le rejet. Cela vaut à l’égard de ceux qui ne vous aiment pas. Si on ne m’aime pas et que moi j’aime, alors cela me rend heureux. Les coups n’agressent pas, ce qui agresse est l’idée de résister à ces coups. La difficulté de vivre vient du fait de résister à la vie. C’est la résistance qui fait mal. Pour ceux qui n’ont pas compris cela, les arts martiaux de contact sont la meilleure école pour une expérience directe. Le yoga n’est rien d’autre que cette même transposition où tout événement apparait comme grâce et non comme conflit.

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Livres :

  • 250 questions sur le yoga, Ed. Almora, (à paraître en septembre 2019)
  • Le corps de vibration, Ed. Almora, 2015
  • Corps de silence, Ed, Almora, 2019.
  • Le yoga tantrique du Cachemire, Ed. Le Relié Poche, 2003.

Informations sur les webinaires, séminaires, conférences en France et en Europe : www.bhairava.ws

www.yogaducachemire.fr

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