Vouloir échapper au stress, à la tristesse et chercher à aller bien, c’est une attitude saine et positive. Sauf quand la recherche du bonheur devient une quête acharnée et… stressante ! PAR JEANNE POUGET

De tous temps, la recherche de la plénitude a amené les hommes à se questionner : comment sortir de la souffrance ? Comment atteindre le bonheur ? Les réponses apportées par les philosophes divergent à travers les courants et les époques. Puis, le bonheur devient un droit inscrit dans la Déclaration d’Indépendance des Etats-Unis du 4 juillet 1776 : « Tous les hommes sont créés égaux; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. » La France emboitera le pas dans sa Constitution de 1793. En 2008, le Bhoutan inscrit même dans sa Constitution le Bonheur National Brut (BNB) comme indice de développement humain. Le bonheur apparaît comme un droit fondamental auquel tout le monde peut aspirer.

L’injonction au bonheur
De nos jours, cette plus que légitime envie de bonheur prend parfois la tournure d’une quête insatiable, où la sérénité et le bien-être peuvent devenir une obsession, génératrice de… mal-être ! Comme si « aller bien » ne suffisait plus, nous considérons le bonheur  comme une injonction perpétuelle à « aller mieux ». Ce qui était posé comme un droit devient alors un devoir, voire un impératif. Le marketing, la publicité, les réseaux sociaux et plus généralement la société de consommation nous abreuvent en permanence de belles images sur fond de papier glacé où les personnes nagent dans un océan de bonheur parfait.

En parallèle, on note la prolifération d’une littérature sur le développement personnel, celle de coachs et d’experts du bonheur en tous genres qui vendent divers programmes, méthodes, thérapies ayant pour but de nous faire aller mieux dans ce monde qui va mal. Tant et si bien que la quête de l’épanouissement personnel prend parfois une tournure aliénante où des sentiments naturels comme la tristesse ou le malheur deviennent des pathologies à soigner par tous les moyens. Il ne s’agit pas de remettre en question l’intérêt et l’utilité réelle de certaines publications, livres ou méthodes ayant pour but d’aider les gens à aller bien. Le yoga en étant le parfait exemple. Mais de pointer les dérives et les excès qu’une quête de bonheur insatiable peut entraîner.

Dans leur livre Happycratie, le psychologue Edgard Cabanas et la sociologue Eva Illouz alertent sur les dérives de courants comme la psychologie positive, qui érige le bonheur en science. Gérer ses émotions, être soi-même, une personne authentique… autant de caractéristiques du discours « positif » qui transformeraient nos émotions en marchandises. Dans ce cadre, le bonheur deviendrait un synonyme d’accomplissement personnel avec le risque de « faire de l’obsession de l’amélioration de soi un impératif moral, un besoin personnel et un atout économique », préviennent-ils. Comme le culturiste qui n’est jamais satisfait de son corps et cherche à le sculpter encore et encore, le développement personnel peut se transformer en un culturisme de l’âme et ainsi prendre une tournure culpabilisante. En remettant ainsi la responsabilité du bonheur sur les seuls individus, la littérature du self-help (aide à soi-même) place sur leurs épaules un fardeau qui s’avère parfois lourd à porter.

La suite de cet article est à découvrir dans Esprit Yoga n°63, en vente ici :