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Yoga farfelus : les yogis sont-il tombés sur la tête ?

« Patanjali, reviens, ils sont devenus fous » ! Les beer yogas, téquila yogas et autres gun yogas (oui vous avez bien lu), ont-ils encore quelque chose à voir avec notre belle discipline ? Enquête.

 

 

yoga farfelus Esprit Yoga Magazine

 

Le yoga rend-il fou ? On serait tenté de le penser avec la floraison de nouvelles formes de yoga ! Le plus drôle n’est pas de voir des personnes en train de vivre le demi pont une bouteille sur le ventre dans l’exemple du Beer Yoga… Le plus savoureux, c’est le pitch, l’argument de vente comme : « La bière et le yoga sont deux thérapies vieilles de plusieurs siècles, pour le corps, l’esprit et l’âme ».

 

D’autres n’hésitent pas à parodier les neurosciences – et à friser le ridicule : « Un shot de téquila élimine la pensée gauche rationnelle, mais aussi permet intimement aux praticiens l’expérience de leur exquise nature de leur profonde forme physique, libérée de la tyrannie de la pensée », explique doctement David Sye, chanteur et promoteur du Tequila Yoga. Il est vrai que l’on pense moins quand on est saoûl, yoga ou pas !

 

On passe sur les doga, les cat yoga et autres goat yoga qui recrutent chiens, chats et chèvres pour agrémenter la pratique. Les fans d’équitation ne sont pas en reste avec le horse-back yoga. Tandis que les amateurs de cannabis ont eu la bonne idée de créer le Ganja Yoga, aux Etats-Unis. Quant au Chocolate yoga, il consiste à savourer du cacao le plus pur possible afin d’éveiller… la Kundalini, dont on ne savait pas qu’elle était à ce point gourmande.

La liste est sans fin…

 

Il y a de quoi penser que les yogis sont tombés sur la tête ! A moins qu’ils ne soient les représentants d’une société qui a fait volé en éclat les modes de transmission traditionnels de la discipline. Cela fait longtemps que le yoga ne s’enseigne plus de maître à disciple, le second dévoué au premier. Même les Fédérations et les Ecoles de yoga, nées il y a plus de 50 ans en France, ne parviennent plus à absorber le nombre d’enseignants sur le marché. Un bon nombre d’entre eux font des formations courtes et n’ont de cesse, ensuite, que de se faire connaître.

(…)

Notre époque étant frappée du syndrome du bonheur et du bien-être obligatoires pour tous, l’offre doit être à la fois « fun » et « trendy » ! Surtout, à l’ère des réseaux sociaux, seul(e) existe celui ou celle qui maîtrise l’art de se mettre en scène. On est loin du renonçant qui décide de vivre à l’écart de la société, dans les profondeurs obscures d’une forêt inhospitalière ! Non seulement il faut proposer un yoga pas comme les autres, mais il faut le faire savoir avec force photos, blogs, tweets et autres vidéos sur YouTube. Un yoga qui aurait oublié quelques préceptes de base au passage en n’essayant pas de mettre son ego tyrannique de côté, mais au contraire en le glorifiant.

 

Sur les réseaux sociaux, le yoga est très « show off » en somme ! On se photographie en train de pratiquer, on se « like » et on fait en sorte d’être « liké », on fait monter le buzz et on peut même se mettre en scène dans des poses langoureuses ou en train de jouir grâce au Yorgasm. Choquant ? Oui, c’est le but, car un bon « buzz » crée, par définition, du débat, de la controverse… et des millions de pages vues ! Reconnaissons qu’un orgasme est plus réseau-social-compatible que… savasana.

 

Pour désolée qu’elle soit, Tara Michaël, indianiste émérite (entretien à retrouver dans le numéro 43), ne s’en étonne pas pour autant. « Ces formes fantaisistes ne sont que la suite logique de l’avènement d’un yoga qui a perdu tout son sens en devenant postural, explique-t-elle. On compte seulement 32 postures anciennes, même si la Tradition a pu aller jusqu’à 84. Mais au 18ème siècle on a assisté à l’invasion de la gymnastique occidentale et des arts martiaux. Il y a eu alors un renouveau complet du langage postural, venant de différentes formes de pratiques corporelles. Aux 20ème et 21ème siècles, n’existe plus que le yoga postural, introduit par Swami Kuvalayananda, Tirumalai Krishnamacharia et Swami Sivananda. Cela fait longtemps qu’on s’éloigne des buts véritables du yoga ».

 

Moins radicale mais tout aussi désolée, Brigitte Neveux, présidente de la Fédération nationale de Hatha-Yoga, craint que le yoga ne finisse par perdre son âme. « Il a été récupéré par la société de loisir et de consommation, explique-t-elle, où l’on veut aller bien à tout prix en recherchant une satisfaction immédiate et rapide. Nous ne sommes plus du tout dans la voie de transformation que propose cette belle discipline. » 

(…)

Directeur de l’Ecole Française de Yoga (EFY) de l’Ouest, Patrick Delhumeau fait mine de s’interroger : « ces yogas un peu loufoques, où les pratique-t-on, à part sur YouTube ? Il me semble que ces propositions sont à la marge. Je vois surtout une multiplication de cours de qualité, y compris dans des communes rurales, avec des personnes de tous horizons et de tous âges. » Buzz ou pas, Goat ou Tequila yoga, les Ecoles ne désemplissent pas. « Nous avons doublé nos effectifs en trois ans et avons été obligés de créer un deuxième site pour accueillir les élèves, poursuit Patrick Delhumeau. Or, s’inscrire dans une Ecole est un investissement en temps - quatre ans - et en argent. Les personnes qui s’inscrivent sont motivées. Quant à notre transmission, elle reste enracinée dans la tradition indienne sans en être prisonnière. Les valeurs des Yoga-Sutras sont toujours là ! »

 

Certes, le yoga s’est adapté et transformé, parfois en profondeur et parfois pour le pire. A-t-il perdu son âme pour autant ? Pas si sûr. « Je peux comprendre que des personnes commencent par un yoga postural plutôt actif. Cela peut effrayer de s’asseoir dans le silence et de se retrouver face à soi-même. Plus tard, peut-être, parviendront-elles à aller vers une pratique plus profonde. Faisons confiance au yoga : il nous a transformé et il continuera de le faire ! » Même dans une société 3.0.

 

Inspiré de l’article d’Anne Ulpat, Esprit Yoga – Magazine 43 (version papier - version numérique)

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